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La procédure et le juge

Contester une décision du juge des tutelles : appel, délai de quinze jours et personnes qui peuvent agir

Sauf disposition contraire, les décisions du juge des tutelles sont susceptibles d'appel (article 1239 du code de procédure civile). Le délai est de quinze jours. L'appel est ouvert aux proches énumérés aux articles 430 et 494-1 du Code civil, même s'ils ne sont pas intervenus à l'instance, et les parties ne sont pas tenues de constituer avocat. Contre un jugement qui refuse la mesure, l'appel n'est ouvert qu'au requérant (article 1239-2). Il se forme par déclaration faite ou adressée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception au greffe du tribunal qui a statué (article 1242). Le placement sous sauvegarde de justice par le juge n'est susceptible d'aucun recours (article 1249).

Une décision du juge des tutelles touche aux droits d'une personne et à l'équilibre d'une famille. Le code prévoit un appel simple, mais enfermé dans un délai court. Ce dossier vous aide à savoir si vous pouvez agir, quand et comment.

Mis à jour le · Rédaction France MJPM (HNC SAS, organisme de formation certifié Qualiopi) · Sources : textes officiels relus sur Légifrance

Quelles décisions du juge des tutelles peut-on contester ?

Le principe figure à l'article 1239 du code de procédure civile : sauf disposition contraire, les décisions du juge des tutelles et les délibérations du conseil de famille sont susceptibles d'appel. Le jugement d'ouverture, le refus d'ouvrir une mesure, le choix du tuteur ou du curateur sont concernés. Les ordonnances rendues en cours de mesure le sont aussi, puisque l'article 1241-1 fixe le point de départ du délai d'appel contre elles.

Plusieurs textes écartent pourtant le recours. Le placement sous sauvegarde de justice décidé par le juge en application de l'article 433 du Code civil ne peut faire l'objet d'aucun recours (article 1249). La décision qui prononce l'amende civile n'est pas susceptible de recours (article 1216). L'opposition du juge à une délibération du conseil de famille réuni hors de sa présence est formée par ordonnance non susceptible de recours (article 1238).

Dans le mandat de protection future, la décision du juge saisi après un refus de visa du greffier n'est pas susceptible d'appel (articles 1258-3 et 1259). L'article 1224 qualifie par ailleurs de mesures d'administration judiciaire les décisions sur la consultation du dossier et la délivrance de copies.

Qui peut faire appel d'une décision du juge des tutelles ?

L'appel est ouvert aux personnes énumérées aux articles 430 et 494-1 du Code civil, même si elles ne sont pas intervenues à l'instance (article 1239). Il s'agit notamment de la personne protégée, de son conjoint, partenaire ou concubin, de ses parents et alliés, des proches entretenant avec elle des liens étroits et stables et, pour l'habilitation familiale, de ses ascendants, descendants, frères et sœurs.

Un cas fait exception. L'appel contre le jugement qui refuse de prononcer une mesure de protection à l'égard d'un majeur n'est ouvert qu'au requérant (article 1239-2). Un proche qui n'a pas présenté la requête ne peut donc pas contester ce refus ; il peut en revanche déposer sa propre requête.

Le ministère public peut aussi former appel, jusqu'à l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la remise de l'avis qui lui a été donné de la décision (article 1240). D'autres règles visent des situations précises : le partage amiable (article 1239-1), les délibérations du conseil de famille, que tous ses membres et le juge peuvent contester (article 1239-3), ou la désignation d'un mandataire spécial pendant une sauvegarde de justice (article 1250).

Quinze jours pour agir : quand le délai commence-t-il ?

Le délai d'appel est de quinze jours (article 1239 du code de procédure civile). Son point de départ dépend de la personne qui agit et de la nature de la décision.

Pour le majeur protégé

Contre un jugement statuant sur une mesure de protection, le délai court à compter de la notification du jugement à la personne elle-même, prévue à l'article 1230-1 (article 1241).

Pour les personnes qui reçoivent notification

Le délai court à compter de la notification qui leur est faite (article 1241). Sont notamment concernés le requérant, la personne chargée de la protection et ceux dont la décision modifie les droits (article 1230).

Pour les autres personnes

Le délai court à compter du jugement lui-même (article 1241). Un proche qui n'a reçu aucune notification doit donc se renseigner sur la date de la décision.

Pour les ordonnances et les délibérations

Contre une ordonnance du juge des tutelles, le délai court de la notification ou, pour les autres personnes, de l'ordonnance (article 1241-1). Contre une délibération du conseil de famille, il court en principe de la délibération (article 1241-2).

Comment former l'appel ?

L'appel est formé par déclaration faite ou adressée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception au greffe de la juridiction de première instance (article 1242 du code de procédure civile). Vous ne l'adressez donc pas à la cour d'appel, mais au tribunal qui a rendu la décision. Le greffier enregistre l'appel à sa date et vous délivre, ou vous adresse par lettre simple, un récépissé de la déclaration.

Le greffier transmet ensuite sans délai une copie du dossier à la cour. Si c'est le juge des tutelles lui-même qui fait appel, il joint au dossier une note exposant les motifs de son recours (article 1242-1).

Lorsque vous ne contestez qu'un chef de la décision autre que le prononcé de la protection, par exemple le choix de la personne désignée, précisez-le (article 1243). En pratique, exposez brièvement vos motifs : la procédure est orale, mais un écrit clair facilite le travail de la cour.

Faut-il un avocat pour faire appel ?

Non. L'article 1239 du code de procédure civile précise que les parties ne sont pas tenues de constituer avocat. Vous pouvez faire la déclaration d'appel vous-même et vous présenter à l'audience sans représentant.

Le majeur protégé ou à protéger garde toutefois son droit à un avocat dans toute instance relative au prononcé, à la modification ou à la mainlevée d'une mesure. Il peut le choisir ou demander qu'un avocat lui soit désigné d'office par le bâtonnier, dans les huit jours de la demande (article 1214). Selon Service-Public, l'aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie des frais d'avocat des personnes aux faibles ressources.

Le déroulement de l'appel devant la cour

Le greffier avise le procureur général des appels interjetés en matière de protection juridique des majeurs, sauf lorsqu'il est lui-même l'appelant (article 1243-1). Le greffier de la cour convoque à l'audience l'appelant et les personnes auxquelles la décision a été notifiée, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, ainsi que leurs avocats le cas échéant (article 1244). Ces personnes ont le droit d'intervenir devant la cour.

La convocation est adressée au moins quinze jours à l'avance, avec une copie par lettre simple, et elle vaut citation (article 1244-1). Le ministère public est avisé et peut adresser son avis ou ses conclusions sur l'opportunité et les modalités de la protection (article 1244).

L'appel est instruit et jugé en chambre du conseil, et la procédure est orale (article 1245). La cour entend l'appelant, le majeur à protéger ou protégé sauf dispense médicale, et le cas échéant le ministère public. Les prétentions des parties sont notées au dossier ou consignées dans un procès-verbal. Les magistrats de la cour peuvent, comme le juge, se déplacer pour entendre la personne (article 1220).

Ce que la cour d'appel peut décider

La cour peut, même d'office, substituer une décision nouvelle à celle du juge des tutelles ou à la délibération du conseil de famille (article 1246 du code de procédure civile). Elle ne se borne donc pas à confirmer ou à infirmer : elle peut statuer à nouveau sur la mesure.

Pendant l'appel, la protection ne s'arrête pas. Jusqu'à la clôture des débats devant la cour, le juge des tutelles et le conseil de famille restent compétents pour prendre toute décision nécessaire à la préservation des droits et intérêts de la personne protégée (article 1246). Service-Public précise que la décision du juge des tutelles s'applique jusqu'à ce que la cour d'appel rende la sienne.

La décision de la cour est notifiée à la diligence de son greffe. Le dossier, accompagné d'une copie certifiée conforme de l'arrêt, est renvoyé sans délai au greffe du tribunal (article 1246-1). Lorsque l'arrêt ouvre, modifie ou lève une curatelle ou une tutelle, le greffe de la cour transmet un extrait au greffe du lieu de naissance dans les quinze jours de l'arrêt (article 1233).

Les risques d'un appel rejeté

Si l'appel formé contre une décision du juge des tutelles ou une délibération du conseil de famille est rejeté, celui qui l'a introduit, à l'exception du juge, peut être condamné aux dépens et à des dommages-intérêts (article 1247 du code de procédure civile). Le texte dit « peut » : la condamnation n'est pas automatique.

L'information sur ce risque accompagne la notification. La délivrance par le greffe d'une copie certifiée conforme d'une décision, contre récépissé daté et signé, vaut notification dès lors que les voies de recours et les sanctions encourues pour recours abusif sont portées à la connaissance de l'intéressé (article 1231).

Les autres voies : demander une modification ou alerter le juge

L'appel n'est pas toujours la voie la plus adaptée. Même après le délai de quinze jours, il reste possible de demander au juge de modifier la mesure, de lui en substituer une autre ou d'y mettre fin : l'article 442 du Code civil lui permet de le faire à tout moment, à la requête d'une des personnes de l'article 430, au vu d'un certificat médical.

En cours de mesure, le majeur protégé ou la personne chargée de sa protection peut adresser une requête au juge, qui statue dans les trois mois sauf mesure d'instruction (article 1229 du code de procédure civile). Un proche qui constate un manquement peut le signaler au juge par simple courrier, selon Service-Public ; le juge peut alors prononcer des injonctions ou dessaisir la personne défaillante (article 417 du Code civil).

Pour la mesure d'accompagnement judiciaire, l'appel obéit à des règles propres. Il est ouvert à la personne qui perçoit les prestations et au procureur de la République, dans un délai de quinze jours, selon la procédure sans représentation obligatoire (article 1262-7).

Questions fréquentes

Quel est le délai pour faire appel d'un jugement de tutelle ?
Quinze jours (article 1239 du code de procédure civile). Pour le majeur protégé, le délai court de la notification du jugement qui lui est faite ; pour les personnes qui reçoivent notification, de cette notification ; pour les autres, du jour du jugement (article 1241). Passé ce délai, il reste possible de demander au juge une modification de la mesure (article 442 du Code civil).
Un enfant peut-il faire appel de la tutelle de son parent ?
Oui. L'appel est ouvert aux personnes énumérées à l'article 430 du Code civil, dont les parents et alliés, même s'ils ne sont pas intervenus à l'instance (article 1239 du code de procédure civile). Si vous n'avez pas reçu de notification, le délai de quinze jours court à compter du jugement (article 1241). Renseignez-vous vite auprès du greffe sur la date de la décision.
Peut-on contester une sauvegarde de justice ?
Le placement sous sauvegarde de justice décidé par le juge ne peut faire l'objet d'aucun recours (article 1249 du code de procédure civile). En revanche, la désignation d'un mandataire spécial et la modification de ses pouvoirs peuvent être contestées par les personnes visées aux articles 1230 et 1230-1 (article 1250). Service-Public indique que la sauvegarde médicale n'est pas non plus contestable en justice.
Comment rédiger la déclaration d'appel ?
Le code impose une forme, pas un modèle : une déclaration faite ou adressée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception au greffe du tribunal qui a statué (article 1242 du code de procédure civile). Indiquez la décision contestée, votre lien avec la personne et vos motifs. Si vous ne contestez qu'un chef autre que le prononcé de la mesure, précisez-le (article 1243).
La décision du juge s'applique-t-elle pendant l'appel ?
Oui selon Service-Public, qui précise que la décision du juge des tutelles s'applique jusqu'à ce que la cour d'appel rende la sienne. L'article 1246 du code de procédure civile ajoute que le juge des tutelles et le conseil de famille restent compétents, jusqu'à la clôture des débats devant la cour, pour prendre toute décision nécessaire à la préservation des droits de la personne.
Peut-on faire appel d'un refus d'autorisation du juge ?
Oui, sauf texte contraire, puisque l'article 1239 du code de procédure civile ouvre l'appel contre les décisions du juge des tutelles en général. Contre une ordonnance, le délai de quinze jours court de sa notification pour les personnes à qui elle doit être notifiée, et de sa date pour les autres (article 1241-1). Hors débat contradictoire, le juge statue sur ces requêtes dans les trois mois (article 1229).
Que risque-t-on si l'appel est rejeté ?
L'appelant dont l'appel est rejeté peut être condamné aux dépens et à des dommages-intérêts, sauf s'il s'agit du juge des tutelles (article 1247 du code de procédure civile). La condamnation n'est pas automatique. Les voies de recours et les sanctions encourues pour recours abusif sont portées à la connaissance des intéressés lors de la notification (article 1231).

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