Les mesures de protection
Sauvegarde de justice : la protection temporaire d'un majeur, judiciaire ou médicale
La sauvegarde de justice est une mesure de protection juridique temporaire. Le juge des tutelles peut y placer une personne qui, en raison d'une altération de ses facultés médicalement constatée, a besoin d'une protection temporaire ou d'être représentée pour certains actes déterminés (article 433 du Code civil). Elle peut aussi résulter d'une déclaration médicale faite au procureur de la République (article 434). La personne conserve l'exercice de ses droits, sauf pour les actes confiés à un mandataire spécial (article 435). La mesure ne peut excéder un an, renouvelable une fois (article 439).
La sauvegarde de justice est la plus légère des mesures judiciaires de protection. Elle peut aussi servir de protection d'attente pendant l'instruction d'une curatelle ou d'une tutelle.
Mis à jour le · Rédaction France MJPM (HNC SAS, organisme de formation certifié Qualiopi) · Sources : textes officiels relus sur Légifrance
Qu'est-ce que la sauvegarde de justice ?
La sauvegarde de justice est définie à l'article 433 du Code civil. Elle vise la personne qui, pour une altération de ses facultés au sens de l'article 425, a besoin d'une protection juridique temporaire, ou d'être représentée pour l'accomplissement de certains actes déterminés.
Sa particularité est de ne pas retirer de capacité. L'article 435 pose que la personne placée sous sauvegarde conserve l'exercice de ses droits. La protection joue surtout après coup : les actes contraires à ses intérêts peuvent être contestés plus facilement.
Service-public.gouv.fr la présente comme une mesure de courte durée, qui répond à un besoin temporaire ou urgent. Elle peut être mise en place rapidement et, selon le même site, éviter une curatelle ou une tutelle.
Sauvegarde judiciaire ou sauvegarde médicale : deux voies d'entrée
La sauvegarde de justice peut naître d'une décision du juge ou d'une déclaration médicale. Les deux voies n'ont ni le même déclencheur ni la même procédure.
Pour la voie médicale, service-public.gouv.fr distingue deux médecins. Celui qui reçoit son patient en consultation peut faire une déclaration, sans obligation, et doit alors joindre l'avis conforme d'un psychiatre. Le médecin d'un établissement de santé doit la faire lorsqu'il constate que l'état d'un patient ou d'un résident nécessite une protection juridique. La mesure est ouverte dès l'enregistrement de la déclaration.
Sauvegarde sur décision du juge
Le juge des tutelles la prononce sur requête, dans les conditions de l'article 433. Il peut aussi la prononcer pour la durée de l'instance, lorsqu'il est saisi d'une demande de curatelle ou de tutelle. En cas d'urgence, il peut statuer sans audition préalable, puis entend la personne dès que possible, sauf contre-indication médicale.
Sauvegarde sur déclaration médicale
Elle résulte d'une déclaration faite au procureur de la République dans les conditions de l'article L. 3211-6 du code de la santé publique (article 434). La déclaration est transmise au procureur du lieu de traitement (article 1248 du code de procédure civile). Selon service-public.gouv.fr, le juge des tutelles n'intervient pas dans cette voie.
Comment demander une sauvegarde de justice au juge ?
Les personnes qui peuvent demander une sauvegarde judiciaire sont celles de l'article 430, comme pour une curatelle ou une tutelle. Le procureur de la République peut aussi saisir le juge, de sa propre initiative ou à la demande d'un tiers.
La requête suit les règles communes : certificat médical circonstancié d'un médecin inscrit sur la liste du procureur, formulaire Cerfa 15891, dépôt au tribunal judiciaire ou au tribunal de proximité de la résidence. Service-public.gouv.fr précise qu'elle peut être envoyée par courrier simple ou recommandé, ou déposée à l'accueil du tribunal.
La décision de placement est notifiée au requérant et à la personne, puis transmise au procureur de la République. L'article 1249 du code de procédure civile ajoute un point essentiel : ce placement ne peut faire l'objet d'aucun recours.
Quels droits garde une personne sous sauvegarde de justice ?
La personne continue d'accomplir seule les actes de la vie civile. Elle signe, achète, vend et gère ses comptes. La limite légale tient aux actes pour lesquels le juge a désigné un mandataire spécial : elle ne peut plus les faire elle-même, à peine de nullité (article 435).
Service-public.gouv.fr ajoute deux interdictions : engager une procédure de divorce par consentement mutuel, et exercer les fonctions de juré de cour d'assises. Le tableau comparatif du même site indique qu'elle peut, à la différence d'une personne en curatelle ou en tutelle, se présenter à une élection.
Elle prend seule les décisions relatives à sa personne. Le même tableau le résume pour la santé, la résidence, les relations, le mariage, le PACS et le testament : le majeur sous sauvegarde fait ces démarches seul.
Comment contester un acte passé pendant la sauvegarde ?
La sauvegarde de justice facilite la remise en cause des actes défavorables. Selon l'article 435, les actes passés et les engagements contractés pendant la mesure peuvent être rescindés pour simple lésion ou réduits en cas d'excès. Cette protection joue alors même qu'ils pourraient être annulés pour trouble mental au titre de l'article 414-1.
Les tribunaux prennent notamment en considération l'utilité ou l'inutilité de l'opération, l'importance ou la consistance du patrimoine, et la bonne ou mauvaise foi du cocontractant. Service-public.gouv.fr donne des exemples : vente à un prix dérisoire, achat à un prix excessif, dépense disproportionnée par rapport aux moyens de la personne.
L'action appartient à la personne protégée et, après sa mort, à ses héritiers. Elle s'éteint par cinq ans. Un mandataire spécial peut recevoir pour mission de l'exercer (article 437). L'article 414-2 permet aussi aux héritiers d'attaquer pour insanité d'esprit, après le décès, un acte fait pendant la sauvegarde, hors donations et testaments.
Qui s'occupe des biens pendant la sauvegarde ?
Un mandat donné avant la mesure pour administrer les biens continue de produire ses effets (article 436). Le juge des tutelles peut toutefois le révoquer ou le suspendre, après avoir entendu ou appelé le mandataire. En l'absence de mandat, les règles de la gestion d'affaires s'appliquent.
L'article 436 crée aussi une obligation pour l'entourage. Les personnes qui pourraient demander une curatelle ou une tutelle doivent accomplir les actes conservatoires indispensables à la préservation du patrimoine, dès qu'elles connaissent leur urgence et l'ouverture de la sauvegarde. Cette obligation pèse aussi sur la personne ou l'établissement qui héberge le majeur.
Si les biens risquent d'être mis en péril, le procureur de la République ou le juge des tutelles peuvent prendre toutes mesures conservatoires, notamment l'apposition de scellés (article 1252 du code de procédure civile). Ils peuvent aussi faire dresser un état descriptif du mobilier et, si le logement est inoccupé, en assurer la clôture et la garde des clés (article 1252-1).
Le mandataire spécial : rôle et désignation
Lorsqu'il faut agir au-delà de ces mécanismes, tout intéressé peut en avertir le juge (article 437). Le juge peut alors désigner un mandataire spécial pour accomplir un ou plusieurs actes déterminés, même de disposition, rendus nécessaires par la gestion du patrimoine. L'article 438 permet de lui confier aussi une mission de protection de la personne.
Selon service-public.gouv.fr, le juge choisit le mandataire spécial en priorité parmi les proches. À défaut, il désigne un mandataire judiciaire à la protection des majeurs inscrit sur la liste départementale tenue par le préfet. La mission peut être de représentation ou seulement d'assistance.
Le mandataire spécial rend compte de l'exécution de sa mission à la personne protégée et au juge, selon les règles des articles 510 à 515 du Code civil applicables au compte de gestion (article 437). Contrairement au placement lui-même, sa désignation et toute modification de ses pouvoirs peuvent faire l'objet d'un recours (article 1250 du code de procédure civile), dans un délai de quinze jours selon service-public.gouv.fr.
Combien de temps dure une sauvegarde de justice ?
Sous peine de caducité, la mesure ne peut excéder un an, renouvelable une fois (article 439). La durée totale est donc de deux ans au plus. La notice du formulaire Cerfa 15891 précise que le renouvellement ne s'applique pas à la sauvegarde prononcée pour la durée de l'instance.
La mesure prend fin à l'expiration du délai, après l'accomplissement des actes pour lesquels elle a été ordonnée, ou à l'ouverture d'une curatelle ou d'une tutelle, à compter de la prise d'effet de celle-ci. Le juge peut en ordonner la mainlevée à tout moment si le besoin de protection temporaire cesse.
La sauvegarde médicale prend fin par une déclaration au procureur attestant que le besoin a cessé, ou par la radiation de la déclaration décidée par le procureur. Selon service-public.gouv.fr, la personne peut demander cette radiation en écrivant au procureur de la République.
Registre des sauvegardes : qui peut savoir ?
La sauvegarde de justice n'est pas mentionnée en marge de l'acte de naissance comme une curatelle ou une tutelle. Le procureur de la République inscrit la déclaration médicale ou la décision du juge sur un répertoire spécialement tenu à cet effet (article 1251 du code de procédure civile). Les cessations, mainlevées et radiations sont portées en marge de la mention initiale.
L'accès est restreint. Selon l'article 1251-1, peuvent obtenir copie les autorités judiciaires, les personnes qui ont qualité pour demander une mesure de protection au titre de l'article 430, et les avocats, notaires et huissiers de justice qui justifient de son utilité pour un acte de leurs fonctions.
Ce que la sauvegarde représente pour un mandataire professionnel
Le mandat spécial fait partie des mesures que le mandataire judiciaire à la protection des majeurs exerce à titre habituel (article L. 471-1 du code de l'action sociale et des familles). Pour l'exercer, il doit détenir la licence professionnelle prévue par l'article D. 471-2-2, comme pour une curatelle ou une tutelle.
La mission est courte mais exigeante. Le mandataire intervient sur des actes précis et rend compte au juge. Selon service-public.gouv.fr, un compte de gestion annuel est dû lorsque la sauvegarde comporte un mandat spécial, ce que confirme le renvoi de l'article 437 à l'article 510, qui impose un compte annuel appuyé de pièces justificatives. Sa rémunération dépend des revenus de la personne, alors qu'un proche désigné mandataire spécial est bénévole.
Comme pour les autres mesures, l'obligation de formation continue s'applique aux mandataires à partir du 1er janvier 2027 (décret n° 2025-874 du 1er septembre 2025).
Questions fréquentes
- La personne sous sauvegarde de justice peut-elle signer seule ?
- Oui. Elle conserve l'exercice de ses droits (article 435 du Code civil) et continue d'accomplir seule les actes de la vie civile. Elle ne peut plus faire, à peine de nullité, les actes confiés à un mandataire spécial. Les actes qu'elle passe restent contestables pour lésion ou excès pendant cinq ans.
- Peut-on contester une mise sous sauvegarde de justice ?
- Non pour le placement lui-même : l'article 1249 du code de procédure civile exclut tout recours. Il en va de même pour la sauvegarde médicale selon service-public.gouv.fr. En revanche, la désignation d'un mandataire spécial et la modification de ses pouvoirs peuvent être contestées (article 1250).
- Combien de temps dure une sauvegarde de justice ?
- Un an au plus, renouvelable une fois, soit deux ans au total (article 439 du Code civil). Elle cesse plus tôt si les actes prévus sont accomplis, si le juge en prononce la mainlevée, ou si une curatelle ou une tutelle est ouverte. Une sauvegarde prononcée pour la durée de l'instance n'est pas renouvelée.
- Un médecin est-il obligé de faire une déclaration de sauvegarde ?
- Cela dépend de son cadre d'exercice, selon service-public.gouv.fr. Le médecin qui reçoit un patient en consultation n'y est pas obligé, et doit joindre l'avis conforme d'un psychiatre s'il la fait. Le médecin d'un établissement de santé est tenu de la faire lorsqu'il constate qu'un patient ou un résident a besoin d'une protection juridique.
- Une procuration donnée avant la sauvegarde reste-t-elle valable ?
- Oui, en principe. L'article 436 du Code civil prévoit que le mandat donné pour l'administration des biens continue de produire ses effets pendant la sauvegarde. Le juge des tutelles peut toutefois le révoquer ou le suspendre, après avoir entendu ou appelé le mandataire.
- Qui peut savoir qu'une personne est sous sauvegarde de justice ?
- La mesure est inscrite sur un répertoire tenu par le procureur de la République (article 1251 du code de procédure civile). Peuvent en obtenir copie les autorités judiciaires, les proches qui pourraient demander une mesure de protection, ainsi que les avocats, notaires et huissiers qui justifient d'un besoin professionnel (article 1251-1).
- Combien coûte une sauvegarde de justice ?
- Le certificat médical circonstancié coûte 192 euros selon service-public.gouv.fr, sur la base de 160 euros d'honoraires (article R. 217-1 du code de procédure pénale). Un proche désigné mandataire spécial est bénévole. Un mandataire judiciaire perçoit une rémunération qui dépend des revenus de la personne, selon les règles de participation fixées par le code de l'action sociale et des familles (article L. 471-5).
Vos 14 heures de formation continue, en ligne
Précommande ouverte : accès à la formation le 1er janvier 2027. Mandataire, délégué ou encadrant, vous justifiez chaque année de quatorze heures de formation continue par an, ou de vingt-huit heures sur deux ans. Le parcours France MJPM se suit 100 % en ligne, à votre rythme, et se termine par l'attestation à remettre au préfet.
Pour aller plus loin
- Mise sous tutelle en urgence : sauvegarde de justice et mesures immédiates pour protéger un proche
- Curatelle : définition, fonctionnement et droits de la personne protégée
- Tutelle d'un majeur : définition, procédure et pouvoirs du tuteur
- Tutelle ou curatelle : quelles différences et comment le juge choisit
- Mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM) : rôle, missions et désignation
- Le programme de la formation
Les autres dossiers sur « les mesures de protection »
- Habilitation familiale : comment un proche peut représenter un parent vulnérable
- Curatelle : définition, fonctionnement et droits de la personne protégée
- Tutelle d'un majeur : définition, procédure et pouvoirs du tuteur
- Curatelle renforcée : rôle du curateur, gestion du budget et droits de la personne
- Mandat de protection future : organiser à l'avance sa protection ou celle d'un enfant
- Tutelle ou curatelle : quelles différences et comment le juge choisit
Ailleurs dans les dossiers
- Pourquoi la formation continue des mandataires judiciaires est-elle obligatoire ?
- Quels thèmes pour la formation continue MJPM ? Le lien direct avec les compétences certifiées
- Audition par le juge des tutelles : déroulement, droit à un avocat et accès au dossier
- Comptes bancaires d'une personne protégée : ce que permet et interdit l'article 427 du Code civil
- Décès d'une personne protégée : fin de la mesure, compte final, héritiers et obsèques
- Module 7 de la formation continue MJPM : inventaire et patrimoine
